BENITO PEREZ dans "Le Courrier"
du Samedi 10 Octobre 2009
C'est un comité Nobel visiblement en
manque de publicité qui a attribué hier son prix étendard à Barack
Obama. Après plusieurs lauréats sans grand glamour –à l'exception
d'Al Gore en 2007–, les «experts» norvégiens ont voulu frapper un
grand coup.
En cela, c'est une réussite! Pour le
reste, la cause de la paix et des droits humains n'en sortira pas grandie.
Sans faire preuve d'antiaméricanisme et encore moins d'angélisme,
conférer le rang d'icône pacifiste au chef de la plus grande armée du
monde –présente dans plus de cent pays et engagée directement dans
bonne part des conflits actuels– ressemble à une très mauvaise
blague.
Certes, Barack Obama n'est pas à l'origine
de cette hyperpuissance militariste, ni n'a décidé des actuelles
aventures coloniales made in USA. Mais qu'a-t-il déjà fait pour les
stopper?
Laissant intact l'indécent budget
militaire, le nouveau président s'est surtout attaché durant ses neuf
mois de pouvoir à le redéployer. S'il a partiellement délaissé l'Irak
(comme l'avait promis George Bush), il a renforcé son implantation au
Pakistan et en Afghanistan. Contraint d'abandonner l'Equateur par le
gouvernement socialiste de Rafael Correa, il a affermi sa position en
Colombie, obtenant sept nouvelles bases d'un coup!
Sur le plan politique, en revanche, le
changement de discours est davantage marqué. Barack Obama privilégie la
négociation avant les menaces et la participation aux enceintes
multilatérales plutôt que leur contournement. Mais au-delà de l'option
stratégique, les objectifs et les intérêts défendus n'ont guère
varié. On l'a vu à l'ONU avec l'affaire du rapport Goldstone sur les
crimes de guerre israéliens. Ou encore au sein de l'Organisation des
Etats américains, où il aura fallu deux longs mois à Washington pour
qualifier l'expulsion manu militari d'un président élu de «coup
d'Etat». Des signes peu prometteurs quand on sait l'influence financière
et politique étasunienne, tant sur l'oligarchie hondurienne que sur
l'Etat d'Israël.
En clair: le bilan du nouveau Prix Nobel de
la paix est pratiquement inexistant. Il désapprouve la torture et les
goulags tropicaux institués par son prédécesseur? La belle affaire! Il
proclame un futur sans armes nucléaires? Bravo! Cruel, un commentateur du
Wall Street Journal relevait hier que, jusqu'à présent, Barack Obama
n'avait fait la paix qu'avec Hillary Clinton... L'acidité de ce
commentaire venu d'outre-Atlantique souligne un autre aspect, occulté
hier par le concert de louanges planétaires.
L'idée, mise en avant par le comité, de
décerner le Nobel en signe d'«encouragement», de soutien à un homme de
bonne volonté, est absurde, voire dangereuse. Affubler leur président du
stigmate de «pacifiste» équivaut, pour bonne part des Etasuniens, à
lui coller l'écriteau «naïf et faible» sur le dos. Un fardeau qu'il
n'aura de cesse de devoir occulter...
Barack
Obama, Prix Nobel de littérature Le
Courrier
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